A mes amis graphistes, web-designers, photographes, vidéastes, comédiens, musiciens et rédacteurs. J’écris ces mots en pensant à vous, le cœur gros mais la plume légère. Libérée du poids d’un dilemme face à une question que l’on vous a tous posée, au moins une fois : 

« Dis, tu bosserais pas gratos ? »

Pratique quand on a rien envie de s’acheter

Il y a quelques mois, on m’a contacté pour un mandat de communication autour d’une manifestation. Je précise que cet événement n’avait aucun lien avec mes passions et loisirs, c’est important. Il y avait beaucoup de travail, un gros budget, et une grande équipe de bénévoles passionnés – dont je salue le travail – qui faisaient avancer une organisation historique (plus de 90 ans d’existence).

Donc, on vient me chercher, sur recommandation des organisateurs (aussi bénévoles) d’un événement similaire, pour lequel j’avais été engagé et rémunéré. Le premier rendez-vous, avec le président du comité d’organisation est prometteur : j’aurai des responsabilités et une grande marge de manœuvre. On me propose de rencontrer les autres membres du comité, quelques jours plus tard. J’accepte, avec plaisir. L’aspect financier n’est pas du tout évoqué lors de ce premier entretien.

Le devis de la discorde

Une fois rentré chez moi, je fais une estimation du coût de l’opération, par mail, à clavier levé. Je suis prêt à faire un plan de comm’ en veux-tu en voilà, à te planifier des campagnes en ligne à la pelle, à susurrer des communiqués doux à l’oreille de tous les journalistes de la région et même à gérer une équipe de 8 personnes pour la communication, comme on me l’a demandé. Je préfère simplement clarifier les choses, avant de me déplacer pour une première séance de travail.

5 jours à bosser pendant la manifestation et tout ce travail préparatoire ont un coût, me semble-t-il. Ou alors, je me trompe et j’aurais dû faire escort boy.

Quelle ne fut pas ma surprise en recevant un mail en retour m’expliquant que dans un contexte bénévole, il était compliqué de rémunérer certaines personnes et d’autres non. J’étais plus surpris que vous, qui m’aviez vu venir avec mes gros sabots (et mes mots en gras).

Paye ton réseau

(« Toutes les citations sont véridiques »)

Oui c’est compliqué, parce que dans chaque domaine, des professionnels s’impliquaient sur leur temps libre pour que la machine tourne, sans bénéfices (« les infrastructures sont sous la direction du patron d’un bureau d’ingénieurs et le gérant des caisses directeur d’une succursale d’une banque »).

The Oatmeal ne peut pas non plus payer avec sa « bonne pub »

En véritable matador du business, on a agité sous mes yeux le drap rouge du réseau (« Je pense que tu as aussi besoin de visibilité et de contacts. La qualité de notre réseau dans l’économie ouvre des portes et nous sommes en mesure de te mettre en avant comme expliqué »).

Le problème des métiers créatifs

Prenant mon courage à deux mains, et mon ordinateur sur les genoux, j’ai répondu que je n’étais pas intéressé. Oui, le projet est excitant. Oui, je suis prêt à faire du bénévolat, et je le fais pour des choses qui me tiennent à cœur. Oui, je pense qu’il est important de développer ses contacts. Et surtout, oui, on sait jamais, sur un malentendu, ça peut marcher :

Oui à tout, donc !

Mais j’aimerais choisir mon bénévolat.

J’aimerais qu’on arrête de croire que certaines prestations, souvent dans des métiers créatifs, sont gratuites : c’est vrai, pourquoi ne demande-t-on jamais aux chirurgiens cardiaques de nous opérer bénévolement ?

Et, finalement, j’aimerais avoir un réseau de personnes qui ne pensent pas me faire travailler gratuitement.

Quel indépendant véritablement crédible je serai, avec mes 500 clients qui ne me paient pas ! Si, pour avoir la meilleure « bonne pub » du monde, il faut manger du pain sec et de l’eau, non merci.

PS : Je ne suis pas avide d’argent.

PS II : Si vous voulez me soumettre un projet, je ne facture pas le moment passé autour d’un café. Et, si vous êtes sympa, il y a de fortes chances que je vous offre le café.