Benjamin Décosterd

Communication, RP et rédaction

Oui, mais là je dis : « non »

Le client, cet être nourricier et adorable qui a une grande qualité : vouloir vous donner du travail, contre de l’argent (souvent, mais pas toujours). Il a des étoiles pleins les yeux et des envies de draguer ses futurs clients à lui. Il compte sur vous pour réaliser ses rêves les plus fous, voire les plus irréalisables. C’est superbe, mais, parfois, il faut savoir dire « NON ».

« Regarde le super emploi que je t’ai trouvé. » Pénélope, sois forte et refuse.

Vous le savez, vous le sentez au plus profond de vous-même. Le plan est foireux. Vous pouvez faire quelque chose, mais vous savez que ça ne marchera pas. Votre compte en banque vous susurre de dire « oui, comme ça on prend des vacances ». Mais votre conscience vous chuchote que « non c’est inutile ». Ça m’est arrivé l’autre jour :

Va te faire coacher le couple

Je reçois un appel d’une dame qui avait eu écho de mes activités dans la communication aux médias (RP pour les intimes, PR – prononcer Piâôre en frimant un peu – pour ceux qui trouvent que l’anglais « c’est plus styléééy »). Proposant un service de coaching en relation amoureuse / développement personnel pour trouver l’âme sœur, elle souhaitait que son activité soit médiatisée.

Je vais vous dévoiler une partie de ma méthode, je pense que c’est bénéfique pour tout le monde : vous économiserez peut-être du temps ou de l’argent et je passerai certainement pour un mec sympa. Donc, sélectionnez ce qui suit, copiez et collez-le dans vos notes, ça peut vous être utile. Pour qu’un sujet soit intéressant pour les médias, il doit coller avec un de ces trois critères, tout en évitant un angle trop promotionnel :

  • Être novateur
  • Avoir un ancrage local
  • S’inscrire dans une tendance de société

Si c’est trop publicitaire, il suffit de payer un peu plus cher et on a son beau publireportage. Pour le prix, ce serait dommage de ne pas mettre un titre bien racoleur.

 

Si les trois sont remplis, c’est parfait ! Quelques exemples parmi mes derniers mandats :

  • La sortie d’Hempfy, une nouvelle boisson à base de canabis et produite en Suisse romande : un peu novateur, très local et dans la tendance du chanvre légal. Gros carton dans la presse : Le Temps, Le Matin Dimanche, 24 Heures/Tribune de Genève et Bilan.
  • L’arrivée de RedTape, start-up genevoise qui permet de dématerialiser le courrier papier : très novateur, un peu local et dans la mouvance de notre société numérique. Beaux échos médiatiques : Léman Bleu, Le Temps et Bilan.

Mais revenons à notre coach en développement de votre relation amoureuse personnelle :

  • Il suffit de se rendre au rayon « psychologie » de Payot pour se rendre compte que cette offre n’est pas si novatrice que cela.
  • L’aspect local ne saute pas non plus aux yeux.
  • Et pour la tendance de société, on tiendrait peut-être quelque chose en proposant un coaching pour conclure via Tinder.

Et puis, à titre plus personnel, on ne m’enlèvera pas de l’idée que si vous allez vous faire coacher pour être heureux en amour, le problème ne vient pas tellement de l’absence de coach, mais enfin.

Nous avons tous des mauvaises idées

Le client qui est content en parlera, celui qui est déçu aussi

Cibler les médias n’était pas une bonne idée, ce que j’ai expliqué à cette dame. Pourtant j’aurais pu le lui vendre ce communiqué de presse, et fastoche. Mais j’aurais eu l’impression de n’avoir pas rempli mon rôle de professionnel, à savoir : aider les gens à faire les bons choix pour leur communication. Et cette dame, sans publications suite à cette opération presse, aurait été déçue. La garantie donc de me faire déconseiller auprès de tous ses contacts.

Il y aurait eu d’autres choses à faire, mais elle n’avait pas besoin de moi pour ces aspects-là de sa communication. Pas grave, il vaut parfois mieux dormir la conscience tranquille et ne pas partir en vacances.

 

Ça te fera une bonne pub (et tu dormiras sous un pont)

A mes amis graphistes, web-designers, photographes, vidéastes, comédiens, musiciens et rédacteurs. J’écris ces mots en pensant à vous, le cœur gros mais la plume légère. Libérée du poids d’un dilemme face à une question que l’on vous a tous posée, au moins une fois : 

« Dis, tu bosserais pas gratos ? »

Pratique quand on a rien envie de s’acheter

Il y a quelques mois, on m’a contacté pour un mandat de communication autour d’une manifestation. Je précise que cet événement n’avait aucun lien avec mes passions et loisirs, c’est important. Il y avait beaucoup de travail, un gros budget, et une grande équipe de bénévoles passionnés – dont je salue le travail – qui faisaient avancer une organisation historique (plus de 90 ans d’existence).

Donc, on vient me chercher, sur recommandation des organisateurs (aussi bénévoles) d’un événement similaire, pour lequel j’avais été engagé et rémunéré. Le premier rendez-vous, avec le président du comité d’organisation est prometteur : j’aurai des responsabilités et une grande marge de manœuvre. On me propose de rencontrer les autres membres du comité, quelques jours plus tard. J’accepte, avec plaisir. L’aspect financier n’est pas du tout évoqué lors de ce premier entretien.

Le devis de la discorde

Une fois rentré chez moi, je fais une estimation du coût de l’opération, par mail, à clavier levé. Je suis prêt à faire un plan de comm’ en veux-tu en voilà, à te planifier des campagnes en ligne à la pelle, à susurrer des communiqués doux à l’oreille de tous les journalistes de la région et même à gérer une équipe de 8 personnes pour la communication, comme on me l’a demandé. Je préfère simplement clarifier les choses, avant de me déplacer pour une première séance de travail.

5 jours à bosser pendant la manifestation et tout ce travail préparatoire ont un coût, me semble-t-il. Ou alors, je me trompe et j’aurais dû faire escort boy.

Quelle ne fut pas ma surprise en recevant un mail en retour m’expliquant que dans un contexte bénévole, il était compliqué de rémunérer certaines personnes et d’autres non. J’étais plus surpris que vous, qui m’aviez vu venir avec mes gros sabots (et mes mots en gras).

Paye ton réseau

(« Toutes les citations sont véridiques »)

Oui c’est compliqué, parce que dans chaque domaine, des professionnels s’impliquaient sur leur temps libre pour que la machine tourne, sans bénéfices (« les infrastructures sont sous la direction du patron d’un bureau d’ingénieurs et le gérant des caisses directeur d’une succursale d’une banque »).

The Oatmeal ne peut pas non plus payer avec sa « bonne pub »

En véritable matador du business, on a agité sous mes yeux le drap rouge du réseau (« Je pense que tu as aussi besoin de visibilité et de contacts. La qualité de notre réseau dans l’économie ouvre des portes et nous sommes en mesure de te mettre en avant comme expliqué »).

Le problème des métiers créatifs

Prenant mon courage à deux mains, et mon ordinateur sur les genoux, j’ai répondu que je n’étais pas intéressé. Oui, le projet est excitant. Oui, je suis prêt à faire du bénévolat, et je le fais pour des choses qui me tiennent à cœur. Oui, je pense qu’il est important de développer ses contacts. Et surtout, oui, on sait jamais, sur un malentendu, ça peut marcher :

Oui à tout, donc !

Mais j’aimerais choisir mon bénévolat.

J’aimerais qu’on arrête de croire que certaines prestations, souvent dans des métiers créatifs, sont gratuites : c’est vrai, pourquoi ne demande-t-on jamais aux chirurgiens cardiaques de nous opérer bénévolement ?

Et, finalement, j’aimerais avoir un réseau de personnes qui ne pensent pas me faire travailler gratuitement.

Quel indépendant véritablement crédible je serai, avec mes 500 clients qui ne me paient pas ! Si, pour avoir la meilleure « bonne pub » du monde, il faut manger du pain sec et de l’eau, non merci.

PS : Je ne suis pas avide d’argent.

PS II : Si vous voulez me soumettre un projet, je ne facture pas le moment passé autour d’un café. Et, si vous êtes sympa, il y a de fortes chances que je vous offre le café.

 

Va te faire incuber

Nous sommes déjà le jeudi 12 janvier, vous n’avez toujours pas trouvé cette foutue bonne résolution, et ça vous met de mauvaise. Sur le plan personnel, tout le monde peut se rabattre sur les grands classiques :

– Je vais me mettre à la méditation, ça va me permettre de me retrouver.

– Retrouver la ligne. Ça c’est bien. On termine le foie gras du 31 et après, fini de rigoler. C’est salade-footing et quinoa-pilates.

Promis, cette année je m’y mets pour de bon !

Sur le plan professionnel, en revanche

Plus difficile de trouver la mesure qui vous donnera envie d’aller au travail. Heureusement que les tendances sont là pour vous aider ! Entrepreneurs, start-up, Labs, GAFA… Tant de mots qui sonnent comme des promesses d’un avenir radieux où la semaine commence par une conférence TED et finit autour d’une coupe de champagne avec Fathi Derder, à parler innovation et crèmes auto-bronzantes.

En plus, c’est facile. C’est vrai : il suffit de se mettre à son compte, d’avoir une idée géniale et ça y est : votre start-up est lancée, prête à percer. Percer quoi, vous ne le savez pas encore. Mais elle est prête.

Si, comme moi, vous ne sortez pas de l’EPFL, trois choix évidents s’offrent à vous :

  1. Un foodtruck vegan-bio-sans gluten
  2. Des bières artisanales
  3. Une agence de graphisme / événementiel / storytelling

Le magazine Bilan le montrait en novembre dernier : un entrepreneur sur deux fera faillite en galérant. L’autre arrivera à s’en sortir (très bien dans 1% des cas) mais galèrera tout autant. Et ce, malgré l’application au pied de la lettre des Miracle Mornings en vous levant à 5h pour successivement :

  • Faire une heure de méditation
  • Aller courir une heure
  • Pratiquer une heure de yoga
  • Vous doucher
  • Réveiller les enfants
  • Manger un bircher bio à 7h30 (oui, c’est vraiment miraculeux)
  • Être au bureau – mails consultés, thé vert déjà bu, nouvelles du jour fraîchement lues – à 7h15 et de bonne humeur (c’est définitivement de plus en plus magique)

Quand on vous dit que ça marche

Donc, malgré ces efforts, un indépendant sur deux ne s’en sortira pas. Forts de ce constat, les plus malins ont tout compris : il est plus simple de vendre des pioches que de chercher de l’or.

Alors, dans cette jungle de l’offre à la réussite méfiez-vous des formules simplistes et réfléchissez à deux fois avant de payer pour un cours qui vous apprend à « devenir riche en trois mois » ou à « être entrepreneur en 15 jours ». 

Comme disait l’autre : « Pour gagner 5’000 francs, n’achetez pas ma formation à 5’000 francs »

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